Et si la créativité et l'art-thérapie construisaient la sécurité intérieure ?
- Isabelle Lempereur

- 19 févr.
- 3 min de lecture
En septembre dernier, j'ai commencé à travailler dans un Centre d'Insertion Socio-Professionnelle (CISP).
J’y anime des groupes autour de la motivation et du projet professionnel, avec un cadre structuré et des outils créatifs ou pas mais toujours concrets et je m’appuie notamment sur l’Approche Neuro-cognitive et Comportementale (ANC) de Jacques Fradin.
Bref, lors de ces ateliers, on ne fait pas des collages en espérant que “l’univers répondra”.
Au fil des semaines, un profil est souvent revenu. Des personnes profondément solidaires, qui aiment coopérer, contribuer, se sentir utiles. Le genre de profils qu’on est heureux d’avoir dans une équipe parce qu’ils soutiennent le collectif et prennent leur part.
Mais avec un moteur très dépendant du contexte.
Elles avancent lorsque le cadre est clair, lorsque le regard valorise, lorsque l’environnement rassure. Et dès que ces appuis vacillent, l’énergie chute et le doute s'installe.
J'avais le sentiment qu'elles avaient toutes un point commun, sans réussir à l'identifier..
Une lecture interpellante
Un peu par hasard, j'ai lu le livre de Sylvie Tenenbaum "Vaincre la dépendance affective".
Je ne m’attendais pas à autre chose que mieux comprendre les relations amoureuses et personnelles. Erreur.
Cette lecture m'a fait réfléchir et j'en ai déduis que la dépendance affective pouvait structurer un rapport global au monde. Elle peut influencer la manière dont on choisit un métier, dont on reste dans un poste qui ne convient plus, dont on supporte l’inacceptable ou dont on renonce à une idée pourtant juste.
Et là, c'est devenu clair.
Et si certaines trajectoires professionnelles n’étaient pas seulement des “manques de confiance”, mais des stratégies de maintien du lien ?
Non pas des personnes faibles. Mais des personnes qui ont appris que la sécurité venait d’abord de l’extérieur.
Pour nous, professionnels de l’accompagnement, cette nuance change beaucoup de choses.
Et si la question du sens était mal posée ?
Depuis plus de dix ans, je travaille sur la question du sens. Trouver sa voie, trouver sa place, construire une direction cohérente.
Mais une question plus exigeante s’est imposée : peut-on réellement choisir une direction si l’on dépend fortement de la validation extérieure ? Peut-on suivre une orientation intérieure quand on a surtout appris à ne pas déplaire ?
Rien de spectaculaire. Juste des mécanismes très répandus, suffisamment discrets pour passer inaperçus… et suffisamment puissants pour orienter des trajectoires entières.
On dit vouloir “trouver sa mission”. Mais parfois, ce que l’on cherche surtout, c’est ne pas perdre l’amour, la reconnaissance, l’appartenance. Ce n’est pas tout à fait la même chose.

Là où la créativité et l'art-thérapie changent vraiment la donne
C’est ici que la créativité a pris, pour moi, une autre dimension.
Depuis des années, je travaille avec des outils créatifs et symboliques. J’en vois les effets au quotidien. Mais je n’avais pas formulé aussi clairement leur fonction.
Créer ne consiste pas à “s’exprimer gentiment”.
Créer implique de produire sans garantie d’applaudissements, de supporter l’absence de validation immédiate, d’oser une forme personnelle et d’accepter l’incertitude que cela comporte. À un moment, il ne s’agit plus de savoir si cela plaît, mais si cela fait sens, si cela tient debout, même sans validation immédiate.
En art-thérapie, nous ne faisons pas de l’esthétique. Nous travaillons la capacité à symboliser, à élaborer et à transformer une expérience. Et cela a des effets très concrets dans l’accompagnement.
À condition, évidemment, que le praticien sache ce qu’il fait.
La créativité n’est pas un gadget pédagogique. C’est un outil exigeant, qui demande de la méthode, une lecture fine des processus et une vraie compétence d’intervention.
Pourquoi je partage cela maintenant
Mes dernières lectures ont affiné ma manière de penser le sens et, surtout, la manière de travailler la créativité dans l’accompagnement.
Elles nourrissent directement les formations en art-thérapie que je propose à des professionnels déjà engagés ou en reconversion dans une pratique sérieuse et désireux d’approfondir leurs compétences.
Je m’adresse à celles et ceux qui veulent travailler avec plus de précision, affiner leur lecture des processus et renforcer la qualité de leurs interventions. La créativité, lorsqu’elle est utilisée avec méthode et exigence, est un véritable outil professionnel — pas une animation sympathique.
Développer ses compétences d’art-thérapeute, ce n’est pas ajouter une couche décorative à sa pratique. C’est élargir sa capacité d’action et affiner sa responsabilité professionnelle.
Si nous voulons aider davantage de personnes à construire des appuis solides, nous devons travailler nos dispositifs avec exigence.
Et c’est là que je situe mon travail aujourd’hui.
Approfondir la pratique
Former des art-thérapeutes, ce n’est pas transmettre des activités. C’est transmettre une manière de penser et de conduire un processus.
C’est exactement ce que nous travaillons dans les modules avancés qui débutent fin mars.
Vous trouverez ici le programme et les modalités d’inscription.
A très bientôt,
Isabelle




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